Du 17 au 23 novembre, une équipe de BIOMAS et de l’Armorique Maraîchère a visité l’agriculture égyptienne. Au programme, centre de recherche agronomique, rencontre avec des producteurs, découverte d'initiatives agricoles et de systèmes de commercialisation des fruits et légumes, dans le delta du Nil et dans la région d’Alexandrie.

Visite du Centre Egyptien de Recherche Agronomique
La sélection de semences de poivrons

Comme à l’accoutumée, les contacts ont été pris directement à partir de la France, en nous appuyant sur notre système relationnel étoffé à l’international. Cette fois, au vu des dangers reconnus sur la route et du caractère particulièrement  protecteur de la police touristique, nous avons choisi de louer un minibus avec chauffeur.

Des unités de 100 hectares gagnées sur le désert
Agriculture locale

Les journées commencent tôt et sont riches en visites professionnelles, les soirées finissent tard.  Bien qu’un séjour d’une semaine soit insuffisant pour comprendre réellement les fonctionnements de l’agriculture et de la société égyptienne, certaines réalités nous sont rapidement apparues. La forme égyptienne de développement rural revêt un caractère tout à fait unique et différent des systèmes que nous avons déjà rencontrés lors de nos nombreux voyages. Bien sûr, Le Caire, énorme ville grouillante, nous a aussi révélé les fastes de son musée et de ses pyramides, car, la compréhension d’une organisation sociale commence par son histoire.

Le Caire

Le Sphinx


Les initiatives rencontrées commencent dans le désert de sable, où, grâce à des canaux ou des pipelines apportant les eaux du Nil en suffisance, grâce à la décision initiale d’un homme, d’une communauté ou d’une entreprise égyptienne, une oasis de dimension programmée émerge et vit, sur un modèle exprimé par une vision. Ainsi, une ville à l’architecture totalement préconçue peut sortir du néant ou un domaine agricole devenir florissant. Chacune de ces oasis est comme un petit royaume avec une organisation autonome et des règles spécifiques.
Choisies parmi nos rencontres, les initiatives de Sekem et de Al Hoda peuvent résumer le caractère hétéroclite de ces oasis de cultures.


Sekem

La Vision de Ibrahim Abouleish

"Je porte ancrée en moi une vision : au beau milieu du sable et du désert, je me vois tirant de l’eau d’un puits. Soigneusement, je plante des arbres, des herbes et des fleurs et j’arrose leurs racines avec ces précieuses gouttes. L’eau fraîche du puits attire les êtres humains et les animaux pour se rafraîchir et se stimuler. Les arbres donnent de l’ombre, la terre devient verte, les fleurs parfumées fleurissent, les insectes, les oiseaux et les papillons montrent leur dévotion à Dieu, le créateur, comme s’ils citaient la première Sourate du Coran. Les humains, percevant les louanges à Dieu, voient tout ce qui a été créé comme un reflet du paradis sur terre et en prennent soin.
Pour moi, cette idée d’une oasis au milieu d’un environnement hostile est comme l’image de la résurrection à l’aube, après un long voyage à travers le désert de la nuit. Je l’ai vu devant moi, comme un modèle avant que le travail réel ne commence en Egypte. Et encore, en réalité j’en voulais même plus : je voulais que le monde entier développe ce modèle.
J’ai longuement et âprement réfléchi au nom à donner au projet que je voulais mettre en place selon cette vision. Du fait de l’intérêt que je porte à l’Egypte ancienne, je savais qu’au temps des Pharaons, il y avait deux mots différents pour désigner la lumière et la chaleur du soleil. Un troisième élément était également attribué au soleil : Sekem, la force de vie du soleil, grâce à laquelle il égaie et imprègne l’ensemble de la création de la terre. J’ai choisi ce nom pour l’initiative que je projetais de démarrer à la lisière du désert".


Traduit de l’Anglais, Extrait du livre "Une communauté durable dans le désert Egyptien"
Le 20 novembre 2009, nous avons passé la journée dans l’ambiance Sekem, reçus par Monsieur Atia, de l’association égyptienne de biodynamie qui couvre un grand nombre de fermes sur l’ensemble de l’Egypte. Nous avons visité le domaine principal du groupe Sekem, là où, en 1997, s’installant dans un désert de sable à 60 km du Caire, le Docteur Ibrahim Abouleish a fondé une communauté installée sur des terres devenues fertiles et employant, sur 300 Ha, 2500 personnes.

Grâce à l’eau du Nil, apportée par un canal, et à l’apport de manières organiques, une oasis est née.

Sekem produit en biodynamie, de la matière organique, divers légumes, des aromates et des plantes médicinales, du coton, des céréales, élève des animaux, vaches, chèvres et moutons. Sekem a construit une école et un centre de formations techniques, ainsi qu’un dispensaire.

Fabrication du compost
Plantes médicinales
17000 tonnes de compost sont produits chaque année sur la ferme, essentiellement à partir des matières végétales (60%) et animales (30%) récoltées sur le domaine et sur les domaines bio environnants auxquels sont rajoutés des éléments tels que le marc de café. Ces quantités sont excédentaires par rapport aux besoins annuels de ré-enrichissement des sols et certaines quantités sont exportées. Sur cette gigantesque plateforme, les andains sont travaillés jusqu’à donner une terre homogénéisée  et d’une qualité exceptionnelle.
Dépoussiérage du poivron
Le centre éducatif

Après avoir visité les champs arborés, nous avons pu observer, en compagnie de Mme Floride, partenaire du projet, l’atelier de préparation des objets en coton (vêtements et poupées)  où travaillent 400 salariés et les différents ateliers du centre de formation (plomberie, mécanique, menuiserie, électricité, textile, administration, agriculture), où s’affairent, les 70 apprentis choisis dans les villages environnants et formés au sein de la communauté. La visite s’est poursuivie, jusqu’au dispensaire, ouvert aux personnes des villages environnants et réunissant 16 docteurs de différentes spécialités.

L'atelier de confection
Formation à la menuiserie

Le rêve du docteur Ibrahim s’est réalisé. Dans une région du monde où la soif et la faim, l’illettrisme, le chômage et l’extrême pauvreté dominent, le domaine verdoyant de Sekem rayonne bien au-delà de ses murs et prouve que, à partir d’un milieu naturel des plus hostiles, par l’application des principes de l’agriculture biologique et par l’action positive des Hommes, l’agriculture peut apporter l’harmonie, la connaissance, la santé et l’espoir à une population.

Al Hoda

La Vision de Al Hoda

"C’est d’être le fournisseur le plus fiable et le plus moderne, de biens alimentaires sûrs du Moyen Orient, qui livre à l’export toute l’année un produit issu de l’agriculture biologique de qualité élevée et constante."

Traduit de l’Anglais, Extrait du CD de présentation "Bienvenue dans notre monde".

Le 22 novembre 2009, nous avons traversé le canal de Suez pour rejoindre la ferme bio de AL HODA, au Nord du Sinaï. Les traces des trois guerres récentes sont encore très visibles dans ce secteur, comme en témoignent les bunkers, les matériels militaires et les troupes en opération dans la zone, ainsi que  la "protection" rapprochée dont nous ferons l’objet tout au long de la journée.

Monsieur Osama nous présente la ferme

Créée en 1997 et pilotée par un ancien général des armées, la ferme bio de 800 hectares a tout ce qu’il faut pour résister à un siège. L’eau nécessaire à la vie de la ferme provient du Nil en passant sous le canal de Suez. Elle est entièrement nettoyée de toutes ses impuretés (bactéries, microbes, métaux lourds) par un ensemble de systèmes de filtration, chlorisation, ultraviolets, déchlorisation, système le plus performant qu’il nous ait été donné de voir. L’eau qui en sort est totalement potable et se déverse dans les huit réserves de la ferme. Elle est aussi mise à disposition des populations environnantes.

 

Système de purification de l'eau
Réserve d'eau

L’ensemble de la ferme est managé par un système informatique performant où pas moins de trois permanents entrent des données à longueur de journée. Des détecteurs sont placés aux différents endroits de la ferme et calculent les besoins de chaque plante en main d’œuvre et en intrants. Le système de gestion des parcelles réagit en fonction des différents paramètres enregistrés : prévisions de ventes, planification des cultures, données techniques propres aux cultures, degré d’avancement des cultures, état sanitaire et données climatiques. Chaque plante n’a qu’à bien se tenir.

Gestion des parcelles
Nouvelles terres

L’une des bases du système repose sur une grande station de compostage qui permet de créer le compost indispensable, à partir des déchets organiques de la ferme et les fumiers de la ferme produits par des bovins élevés dans le but premier d’apporter les matières animales nécessaires.

Elevage de bovins pour la matière organique

La main d’œuvre n’est pas très chère en Egypte. La gestion des huit cent hectares représente 150 000 jours de travail par an. Une armée d’ouvriers bien encadrée qui œuvre manuellement.

Al Hoda produit sur la ferme des haricots verts, des asperges, des oignons, des mini-maïs, des minicarottes, des poids mangetout, des pommes de terre, de l’ail, des piments, des brocolis, des radis et dispose d’une station de conditionnement. Les produits sont exportés à 100%. Al Hoda est certifié par un ensemble de systèmes internationaux tels que la certification bio par la Soil Association, Eurep-Gap, HACCP, ETI (Ethical Trading Initiative), BRC. Un flux continu de contrôleurs étrangers inspecte régulièrement la ferme.

Champs d'oignons

Ce fût une visite impressionnante. Nous avons été très bien reçus par le Général, le Dr Osama, qui pilote aussi différentes activités en relation avec le gouvernement et qui occupe notamment le poste de Président des expéditeurs égyptiens.