Du 17 au 21 septembre 2003, Biomas et l’Armorique Maraîchère ont visité en minibus la campagne polonaise : un groupe de 20 voyageurs dont une quinzaine de producteurs de l’Armorique Maraîchère et Kazik, un Polonais installé en Bretagne, notre interprète.

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Place centrale du vieux Varsovie
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Agriculture familiale

 

Courant 2003, l’idée de la Pologne s'est imposée pour étudier la situation agricole du pays, à la veille de son entrée dans l’Union Européenne, le 1er mai 2004. Notre projet est d'y retourner 10 ans après pour observer l'évolution.

Notre périple sur place nous a conduits vers la visite du marché de gros de Varsovie, d'un centre d'expérimentations, de plusieurs fermes et d'entreprises de commercialisation.

Ce qui frappe lors de la visite de l'agriculture polonaise, c'est le nombre impressionnant de petites fermes, mais aussi la qualité et la grande fertilité des terres qui souvent sont inexploitées sur des dizaines de km2, ainsi que la présence d'eau en quantité et en suffisance associée à un climat ensoleillé et chaud sur la période estivale, contrastée par la période de froid et de gel, sur la période d’hiver. Ces faits nous permettent déjà de comprendre pourquoi l'investissement des pays de l’Ouest traditionnel dans l’agriculture polonaise est compréhensible et pourquoi l'agriculture végétale polonaise est tournée vers les productions d'été et les productions stockables.

 

pologne11_p A côté de l’agriculture familiale, une agriculture de grands jardins, compléments à un revenu du travail et de l’agriculture des petits paysans, nous rencontrons le moribond système des fermes d’Etat comme l’une de ces dernières, à l’époque, de 500 ha qui poursuit son activité, notamment sur une parcelle d’essai variétal de carottes de plus de 5 ha, réunissant les contributions de presque toutes les maisons grainières d’Europe qui y viennent, chaque année, comparer leurs résultats. Elle travaille aussi les pommes de terre dont les variétés sont beaucoup moins sélectionnées qu’en France et dont la qualité commerciale ne s’obtient que par un tri et un écart draconiens.

Beaucoup d’autres fermes d’Etat ont été soit démantelées, soit pour celles de l’ouest de la Pologne, reprises grâce à des capitaux étrangers, hollandais ou américains. Un accord ministériel réserve en effet l’achat de ces terres aux Polonais mais la location par des étrangers est possible.


En 2003, selon les différents interlocuteurs que nous avons rencontrés, l’agriculture biologique concerne 2 000 fermes en Pologne sur les quelques 2 millions de fermes recensées et la consommation bio y est encore très peu connue.

Globalement, nous avons rencontré des producteurs inquiets de l’entrée dans l’UE, déstabilisés par le passage très rapide d’un système à un autre et encore marqués par la récente chute du mur de Berlin. Employeurs de main-d’œuvre ukrainienne, ils craignent, lors de l’entrée dans le marché commun, de ne plus pouvoir avoir recours à ces travailleurs, dont la présence en Pologne est autorisée par renouvellements successifs de leurs visas de trois mois.

Sur le marché de gros de Varsovie, nous rencontrons de nombreux petits producteurs-vendeurs pour le marché intérieur (il semble que les plus gros opérateurs fassent leur commerce ailleurs) qui n’utilisent pas la traçabilité ou l’étiquetage des produits car tous se connaissent. Les produits sont de belle qualité, mais que se passera-t-il pour eux lorsque l’application des normes européennes sera obligatoire ?

 

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Marché de Varsovie
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Marché de Varsovie


En fait, les producteurs que nous avons rencontrés ne voient pas l’ouverture à l’Ouest comme un nouveau débouché commercial, mais comme une contrainte du fait des normes plus strictes. Mais ils estiment également que leur place est assurée sur les marchés de l’Europe du Nord et de l’Est grâce à la qualité supérieure de leurs productions.

Les gros opérateurs, quant à eux, sont financés par des capitaux étrangers et apportent avec eux les systèmes de qualité et les systèmes de préparation des produits qui leurs permettront d’exporter sans soucis vers l’Europe dans le respect des normes en vigueur.

Lors de nos visites, nous rencontrerons souvent les méthodes de stockage. Comme ce producteur qui a plusieurs unités de stockage de choux à température ambiante ; positionnés un à un dans le bon sens et sans les choquer, ces choux sont empilés jusqu’au plafond pour passer l’hiver, un autre producteur saumure ses choux et les laisse vieillir dans une fosse couverte en ciment pour en faire de la choucroute.

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Triage des oignons
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Fabrication de la choucroute

Nous avons aussi goûté à la célèbre vodka bison et à la soupe aux tripes.

Ferme de Ursul i Piotr Osikowie

A Kock, nous sommes accueillis sur cette ferme bio de 50 ha, dont 15 en légumes, travaillés depuis 1988 (15 ha à l’époque).

Là encore, les produits (courgettes, concombres, poireaux, oignons, fraises) sont destinés à la transformation, soit vers la Hollande, soit vers le Danemark pour la nourriture pour bébés. En effet, face à la sévérité des normes pour la nourriture infantile, les industriels de plusieurs pays se tournent vers la production bio. Les producteurs ont alors une obligation de résultats et adoptent donc des méthodes de travail spécifiques : les courgettes, par exemple, sont récoltées à un stade très avancé pour obtenir un produit à plus faible teneur en nitrates.

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Visite de la ferme
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Champ de poireaux

 

Pour compléter leur activité, ces agriculteurs ont aussi développé l’agrotourisme sur leur ferme située aux bords de la Vistule.


Le producteur ayant invité tout notre groupe à partager un repas, nous avons largement et sans détour abordé la culture agricole polonaise, l’enjeu et les défis représentés par l’entrée dans le marché commun.

Nous ressortons de cette visite avec l’impression d’une ferme propre, faisant un bon travail, et de belles cultures. Etant donné le coût de la main d’œuvre, là encore ukrainienne et logée sur la ferme, la Pologne a de réels atouts pour le marché de la transformation européenne.

Instytutcie Warzywnictwa

Un contact intéressant avec la bio polonaise se fait par le biais de cet Institut (équivalent de l’INRA) doublé d’un centre d’expérimentations à Skierniewice, le seul à posséder une unité légumes, et dont les axes de recherche principaux sont les cultures en pleine terre et la conservation/transformation.

Au moment de notre visite, des champs étaient en conversion vers l’agriculture biologique, période de deux ans mais qui, selon notre interlocuteur, pourrait être plus courte en Pologne (discours habituel des nouveaux convertis). Il estime en effet que les sols polonais sont moins pollués que les sols français par exemple.

 

La culture biologique polonaise en est à ses débuts et est majoritairement destinée à l’export vers la Hollande. Des subventions, minimes, sont tout de même accordées aux producteurs qui souhaitent s’engager vers la bio.

Un essai agronomique est mené sur cette plate forme depuis 1921 sur la fertilisation en système alterné fertilisation naturelle/chimique/mixte. Nous visitons les autres essais de cultures légumières ainsi que l’expérimentation sur les techniques de stockage par le froid qui consiste en différents frigos, conduits à différentes températures et hygrométries couplées à des gazéifications pour tester les équilibres entre O2 et CO2, en rapport avec les principaux légumes produits en Pologne. Rien d’étonnant à ce que ces essais prennent une telle importance en Pologne, du fait du climat qui conduit à ce que rien ne puisse pousser en hiver et donc à cette nécessité de stockage.

Symbio

A Lublin, nous visitons l’entreprise Symbio spécialisée dans l’export des fruits et légumes bio congelés, mais qui fait également un peu de frais à l’export : fraises, groseilles, légumes, plantes aromatiques…

Le "directeur des opérations" nous a présenté l’entreprise, créée en 1998, avec 15 tonnes de produit commercialisés la 1ère année, contre 2 000 tonnes au moment de notre visite. Il s’est associé à un financier américain, qui détient la majorité des capitaux mais qui n’intervient ni dans la gestion de l’entreprise, ni dans le choix des producteurs. Il s’est entouré d’un ensemble de producteurs avec lesquels il a passé des contrats d’emblavement. Là aussi 99% de la marchandise part à l’export. L’un de ses débouchés est la nourriture pour bébés.

Son slogan : "ce que vous voulez, nous le produisons".

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Parcelle de chou blanc

 

Selon lui, l’agriculture biologique en Pologne évolue très rapidement, et il souhaite élargir sa gamme et viser le marché intérieur, mais c’est le tout début. Des tentatives de partenariat avec la grande distribution ont, pour l’instant échoué à cause des problèmes de logistique, de qualité et d’adaptation à leurs exigences. Par contre des contrats sont déjà signés avec de grosses entreprises de l’Ouest, qui attendent avec impatience l’ouverture de la Pologne au marché commun (délocalisation de productions de l’Ouest vers la Pologne).


En Pologne, les opérateurs bio sont contrôlés par cinq organismes de certification, qui ont intégré les normes européennes. Ce sont des entreprises privées accréditées et sous contrôle de l’Etat.